mardi, 13 mars 2007
François Bayrou au Grand Jury
François Bayrou : "Je suis là pour que cela change"
11 mars 2007François Bayrou a répété que sa poussée dans les sondages s’expliquait par sa détermination à vouloir changer la donne politique. Il sent venir des Français un grand mouvement de renouvellement de la politique et un mouvement de rassemblement pour reconstruire le pays. François Bayrou a également rendu hommage à Jacques Chirac même s’il lui a reproché d’avoir succombé à la pente monarchique de la Ve République.
"Oui, je crois que participerai au 2 e tour de l’élection présidentielle pour le gagner parce que les Français forment un grand mouvement dont la nature est, pour moi, très claire : c’est un mouvement de renouvellement de la politique française et c’est un mouvement de rassemblement pour reconstruire le pays" a déclaré François Bayrou pour expliquer sa poussée dans les sondages. "Si les Français me font confiance aujourd’hui, c’est parce qu’ils savent que je veux changer la donne politique". Le candidat à l’élection présidentielle est convaincu que les Français ont envie dans cette élection "d’imposer au système politique de bouger dans leur sens pour résoudre leurs problèmes". François Bayrou a réaffirmé son intention de dépasser les clivages politiques traditionnels pour rassembler des personnes compétentes qui sont d’accord sur l’essentiel. "La présidentielle créera une nouvelle majorité" a affirmé le candidat qui est convaincu que si les Français l’élisent, ils lui donneront dans la foulée une majorité au Parlement : "ce mouvement-là ira jusqu’à son terme, il entraînera au-delà des parlementaires…". A ceux qui doutent de l’efficacité d’un gouvernement d’entente nationale, il a répondu que le système d’alternance perpétuel entre le PS et l’UMP, d’opposition des Français les uns contre les autres, a fait monter les extrêmes à un niveau jamais atteint en Europe : les différents mouvements avaient rassemblé 40% des voix à la dernière présidentielle. S’agissant des parrainages apportés à Jean-Marie Le Pen, François Bayrou a estimé qu’il y avait beaucoup de manœuvres autour de cette affaire. Il a expliqué qu’il n’avait jamais fait pression sur un élu, le candidat considère qu’il leur appartient de parrainer un candidat : "Je défends le pluralisme mais je ne veux pas participer aux manœuvres. Je n’ai aucune envie de participer à ces jeux pas très intéressants" a insisté le candidat. En revanche, François Bayrou a estimé qu’il fallait que tous les courants politiques soient représentés à l’Assemblée nationale : "c’est un choix républicain, démocratique".
Interrogé sur le bilan de Jacques Chirac avant son intervention télévisée, François Bayrou a déclaré qu’il était "plus sympathique comme homme et comme président" qu’on ne le croit. Il a reconnu en lui, des qualités et une complexité qui ne correspondent pas à la caricature qu’on en fait habituellement. François Bayrou a estimé que le président de la République avait défendu une voix originale au moment de l’intervention américaine en Irak. Il a également salué le fait que pendant ses douze années de présidence, la France n’avait pas traversé de crise grave. En revanche, il aurait souhaité qu’il s’engage davantage pour l’Europe. Il a également déploré que Jacques Chirac n’ait pas saisi la situation historique de sa réélection, avec plus de 80% des voix, pour conduire une initiative politique plus rassembleuse. Il a enfin dénoncé "la pente monarchique qui est celle de la Ve République depuis vingt-cinq ans" : "J’ai reproché à Jacques Chirac d’y avoir succombé » notamment en nommant des amis dans les différents organes de régulation et de contrôle comme il l’avait reproché à François Mitterrand avant lui. "Je suis là pour que cela change. Je suis là pour que l’Etat devienne impartial" a déclaré le candidat à l’élection présidentielle. François Bayrou a notamment réaffirmé qu’il était pour la séparation des pouvoirs entre l’exécutif et le judiciaire. Il souhaite ainsi que le garde des Sceaux qui est là pour appliquer la politique judiciaire de la nation, soit indépendant à l’égard du gouvernement : il propose qu’il soit investi par le président de la République et confirmé par une majorité des deux tiers du Parlement.
François Bayrou a jugé la proposition de Nicolas Sarkozy de créer un ministère commun de l’immigration et de l’identité nationale, "inquiétante" : "il y a des sujets avec lesquels on ne joue pas". A ses yeux, mélanger les deux, cela veut dire que l’identité nationale dépend de l’origine : "Ce n’est pas le choix de la République et même celui de l’Ancien régime qui faisait entrer dans la communauté nationale, des gens venus d’ailleurs avec le droit d’être regardés comme des citoyens". Si François Bayrou est contre les régularisations massives des sans-papiers, il a cependant estimé qu’on ne peut pas expulser des enfants scolarisés en France : "J’aime que l’Etat soit compréhensif" a déclaré le candidat. Il est ainsi partisan d’un examen au cas par cas des situations : si la personne est intégrée, elle doit avoir une chance. François Bayrou est même favorable au droit de vote des étrangers aux élections locales dès lors que l’on peut justifier d’au moins dix ans de présence sur le territoire. Il a fait remarquer que ce droit existe déjà pour les ressortissants de l’Union européenne, il trouverait équitable que ce dispositif soit étendu aux autres étrangers. Il est également favorable à une politique de co-développement avec les pays africains. Il s’agit, à ses yeux, d’éviter que des déséquilibres encore plus grands, ne se créent. "Ce n’est pas seulement notre devoir, mais c’est notre intérêt" a expliqué François Bayrou. Il souhaite que cette politique soit mise en œuvre dans un cadre européen puisque tous les pays sont soumis à la même pression migratoire. Il a assuré que s’il était élu président, il se chargerait d’en convaincre les autres chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union. Néanmoins, il n’a pas voulu avancer de promesses chiffrées afin de ne pas créer de faux espoirs.
S’agissant de la réforme de l’Etat, François Bayrou a noté que les partis de droite annonçaient à chaque élection qu’ils ne remplaceraient pas un fonctionnaire qui part à la retraite sur deux : "C’est un raisonnement mécaniste qui ne sera pas appliqué" a assuré le candidat. Il a estimé qu’"on ne peut supprimer de postes de fonctionnaires que si la réforme de l’Etat est faite". Il s’agit pour lui de distinguer là où l’Etat est utile et là où il ne l’est pas : s’il a prévenu qu’il protègerait l’Education nationale, il considère que l’on peut faire des économies dans l’administration de papier et dans celle qui été décentralisée. En effet, il a observé que depuis 1981, l’Etat avait augmenté ses effectifs dans des services dont les compétences avaient pourtant été transférées aux collectivités locales. François Bayrou propose notamment de fusionner les régions et les départements : il n’y aurait plus qu’une administration dirigée par les mêmes élus sur le modèle des relations entre les communes et les communautés de communes. Il envisage de supprimer le déficit de fonctionnement de l’Etat (+20 milliards d’euros) en trois ans : avec une hypothèse de croissance de 2% par an et une inflation à 1,8%, les recettes de l’Etat progressent de 14 milliards d’euros, il compte affecter la moitié de cette somme à la réduction du déficit public, soit 7 milliards par an.
Interrogé sur la crise à Airbus, François Bayrou a expliqué que la direction de l’entreprise s’était perdue dans une guerre qui a duré des années et qu’elle avait cherché auprès du pouvoir, un appui. C’est pourquoi, il s’est prononcé pour une séparation entre le projet industriel de l’entreprise et la politique des clans. François Bayrou a estimé que le plan de restructuration Power 8 devait être négocié entre la direction d’Airbus, les syndicats de salariés et l’Etat, actionnaire de l’entreprise. Le candidat à l’élection présidentielle a notamment jugé que l’on pouvait mieux défendre les sites français touchés par la réduction d’effectifs. Il a d’ailleurs estimé que le gouvernement allemand s’était mieux fait entendre et avait obtenu davantage que ce que prévoyait le plan d’économies initial. François Bayrou est également favorable à ce que la délégation de gestion de l’entreprise soit revue : actuellement, elle est dévolue aux deux actionnaires privés Lagardère et Daimler qui cherchent à se désengager du capital de la maison mère EADS. Il a d’ailleurs fait remarquer que Lagardère avait vendu la moitié de ses parts à l’Etat via la Caisse des dépôts et consignations, juste avant que le cours de l’action ne chute. L’Etat a ainsi perdu près de 600 millions d’euros, c’est exactement la somme nécessaire pour permettre à Airbus de se relancer.
Souvent attaqué par ses adversaires sur son action au ministère de l’Education nationale, François Bayrou a indiqué que les Français pouvaient en trouver un bilan sur son site de campagne bayrou.fr. Il a rappelé qu’un sondage réalisé par le journal Le Monde avait montré que les Français n’avaient jamais été aussi satisfaits de leur école que sous son ministère. Celui qui a fait de l’éducation une des priorités de son projet pour la France , ne croit qu’à des réformes en continu. Il s’était ainsi opposé à Jacques Chirac qui voulait faire un référendum sur ce sujet. De son expérience, il a acquis plusieurs convictions : "on ne peut pas réformer l’école contre ceux qui la forment. On ne peut pas obtenir d’améliorations en méprisant ceux qui la font". S’il est élu président, il a d’ailleurs l’intention de travailler avec les professeurs : il promet notamment de garantir les moyens pour l’école et en échange il veut améliorer ses résultats de sorte qu’il n’y ait plus d’élèves qui arrivent en classe de 6 e sans savoir lire et écrire.
10:06 Publié dans Bayrou 2007 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : présidentielles2007, bayrou, udf, programme, politique, campagne présidentielle, grand jury



